Le 28 août 2007, la police néerlandaise a arrêté le réfugié politique philippin José Maria «Joma» Sison. Au même moment, elle a pénétré de force au domicile de différentes familles philippines et dans les locaux du bureau d'information international du front démocratique national (NDF). Elle y a saisi tout le matériel disponible à savoir les ordinateurs, CD et documents.
Ces actes ont été immédiatement condamnés par les défenseurs des Droits de l'Homme. Des actions de protestation ont été organisées dans vingt pays. Le 13 septembre, Sison a finalement été libéré. Le tribunal a jugé que les preuves étaient insuffisantes pour le maintenir en détention provisoire. Toutefois, l'accusation--pour appel au meurtre -- reste d'actualité et risque de donner lieu à une bataille juridique éprouvante.
Une campagne a donc été mise sur pied pour soutenir Sison. En effet, les attaques dont il est l'objet visent aussi le mouvement populaire progressif aux Philippines et les droits démocratiques des progressistes du monde entier. Or, les accusations visant Joma Sison ne reposent sur rien et son arrestation est clairement politique.
Qui est Joma Sison ?
Vers la fin des années '60, Sison a fondé le parti communiste Philippin (CPP) et l’armée de guérilla qui lui est lié, la nouvelle armée populaire (NPA). En 1977, il est arrêté. Prisonnier politique, il passe presque 9 ans dans les geôles du dictateur Marcos.
En 1986, après la chute de Marcos, Sison est libéré. Il sollicite alors l'asile politique aux Pays-Bas. Le gouvernement néerlandais lui accorde l'asile mais lui refuse le statut de réfugié. Ils refusent donc de lui donner un droit de séjour permanent.
Bien que Sison réside déjà depuis plus de vingt ans aux Pays-Bas, il jouit toujours d’une grande sympathie dans le mouvement populaire philippin. Cet état de fait n'est pas spécialement du à son passé mais plutôt à sa critique très nette de l'État philippin et des affaires politico-économiques qui secouent son pays. Il a défendu le droit de résister aux injustices faites aux agriculteurs sans terres, aux ouvriers et aux autres pauvres Filippino's. Se faisant, il est devenu le poil à gratter des propriétaires terriens et des détenteurs du pouvoir local philippin, mais aussi des Etats-Unis qui considèrent toujours les Philippines comme leur chasse gardée.
En août 2002, Sison a été qualifié de « terroriste», d'abord par les USA, puis par les Pays-Bas. Son nom figure aujourd'hui sur «la liste des terroristes» de l'Union européenne.
Pourquoi disons nous que les accusations visant Sison sont du vent?
Le tribunal néerlandais prétend que Sison aurait commandité des meurtres aux Philippines, depuis les Pays-Bas. Il s'agit de deux attentats perpétrés par le NPA en 2003 et 2004. Le NPA a revendiqué la responsabilité de ces actes. Le tribunal doit donc aller chercher ces coupables aux Philippines. Notons que certaines personnes qui témoignent aujourd'hui contre Sison affirment être les auteurs des meurtres de 2003 et 2004. Alors, pourquoi ne sont-ils pas jugés?
Sison a toujours prétendu n'avoir rien à voir avec une quelconque affaire de meurtre. Et effectivement, l’homme n’a jamais été condamné dans une affaire criminelle. Les accusations actuelles ont déjà fait l'objet d'un dossier aux Philippines contre Sison et 50 autres co-accusés. Mais le 2 juillet 2007, la Cour Supérieure philippine a jeté l'affaire aux orties en précisant que les preuves ne tenaient pas la route et que les poursuites étaient incontestablement «motivées politiquement».
Toute l'opération menée par la police néerlandaise n’a d’ailleurs aucun rapport avec l'accusation. Doit-on fouiller sept appartements pour trouver la preuve que quelqu'un a ordonné, il y a des années, des assassinats? Selon l’avocat néerlandais de Sison, un suspect néerlandais n'aurait jamais fait de détention préventive dans des circonstances semblables. Ce fait semble renforcer l'idée que les accusations portées contre Sison sont fallacieuses.
Dès lors, pourquoi cette action menée par les tribunaux néerlandais ?
« L'affaire Sison » arrive quelques semaines après un verdict remarquable rendu par la cour européenne de première instance à Luxembourg. Les juges ont estimé que le conseil de l'Union européenne s'est trompé en qualifiant Sison de terroriste. Pour prendre cette décision, les juges ont été favorablement influencé par le fait que Sison n'est coupable d'aucun acte répréhensible en Europe. Mais un bon mois après ce jugement, une affaire criminelle est lancée contre Sison afin que son nom reste sur la liste.
Notons encore que depuis des années, la police philippine a mentionné presque systématiquement le nom de Sison dans toute une série d'affaires. L'année passée, les autorités ont décidé de regrouper en un seul dossier toutes ces affaires, y compris celles pour lesquelles Sison est maintenant poursuivi. C'est ce dossier que l'instance judiciaire la plus élevée des Philippines a jugé nul. Mais comme aux Philippines il n’y avait plus aucune possibilité de poursuivre Sison quelqu'un a du penser «allons voir du côté des Pays-Bas,».
Que veut-on obtenir avec l'arrestation de Sison ?
L'arrestation de Sison doit être vue dans le cadre de la soi-disant «guerre contre la terreur» menée par les EEUU et de la stratégie contre-révolutionnaire du gouvernement philippin. Manilla et Washington souhaitent que les Philippines deviennent le fer de lance de l'influence américaine en Asie. Mais ni le mouvement populaire progressiste, ni la guérilla de gauche ne s'inscrivent dans ce plan. Les Etats-Unis et le gouvernement philippin essayent donc de les mettre à genoux.
Les assassinats planifiés d'activistes progressistes par les escadrons de la mort se sont donc multipliés. Depuis l'arrivée d'Arroyo au pouvoir, en 2001, 900 personnes ont été exécutées. Ce n'est un secret pour personne que l'armée est impliquée dans cette «sale guerre». Et les disparitions de dirigeants progressistes continuent. Chaque jour certains d'entre eux sont arrêtés avant de disparaître. Quelque uns reviennent avec des récits terribles, narrant les tortures qui leur ont été infligées par les militaires. Et la répression politique ne faiblit pas. Récemment, deux représentants progressistes, Satur Ocampo et Crispin Beltran, ont été provisoirement incarcérés.
Une bonne raison d'arrêter d’intimider Sison est de tenir compte de son rôle dans les négociations de paix menées entre le front démocratique national (NDF) pour lequel Sison est conseiller, et le gouvernement philippin. Le processus de paix, en cours depuis le début des années '90, a produit divers accords. Mais Arroyo préfère la manière forte et voit ces négociations de paix comme une stratégie complémentaire à sa stratégie militaire. C'est pour cette raison qu'il appréhende ce processus comme une véritable partie de bras de fer en cherchant à pousser la guérilla à la reddition. Dans cette optique les poursuites contre Sison apparaissent comme un moyen de pression supplémentaire pour Arroyo.
Les Pays-Bas et l'Europe ont également leur ordre du jour. Les Pays-Bas sont depuis longtemps irrités par la présence d'un membre de premier plan de l'opposition philippine sur leur territoire. N'oublions pas que la Hollande est un des partenaires commerciaux les plus importants des Philippines.
En saisissant du matériel appartenant à Sison et à ses différents contacts, certains espèrent trouver des preuves qui puissent être utilisées contre l'opposant philippin. Quant à l'Europe, elle a vu dans toute cette histoire un prétexte pour mettre Sison sur sa liste de terroristes.
Pourquoi cette affaire est importante pour les démocrates en progressistes européens?
Cette affaire ne concerne pas seulement le bien-être d’un homme. Les attaques dont Sison fait l'objet sont motivées politiquement. L'arrestation de Sison sonne comme un coup de semonce pour tous les progressistes européen. Soutien à l'opposition d'une puissance amie? Marque de sympathie à l'encontre de groupes révolutionnaires étranger ? Déclarations qui froissent un chef d'état ami? Ce qui arrive maintenant à Sison peut aussi t’arriver.
L'arrestation de Sison est aussi une gifle donnée aux mouvements sociaux philippins et internationaux. Depuis des années, les comités de solidarité et les organisations de Droits de l'Homme internationales dénoncent les vagues de meurtres et des violations de Droits de l'Homme aux Philippines. Tant les organisations de Droits de l'Homme internationales que le rapporteur spécial des Nations Unies Philip Alston soutiennent que l'armée philippine est impliquée dans les exactions. Mais ni les Pays-Bas, ni plus largement l'Europe ont protesté contre cet état de fait. Et aujourd'hui, le récit improbable «d'un meurtre commandité» suffit à la Justice néerlandaise pour s'attaquer à Sison et à d'autres représentants de l'opposition progressiste philippine.
La campagne contre les poursuites visant Sison est aussi une campagne pour la défense des droits démocratiques aux Philippines et en Europe.
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